Le parcours atypique de Feliz Kapita l’a conduit aujourd’hui au sein du laboratoire de physique nucléaire de l’UCL. Un job sur-mesure pour ce fou de robotique et d’électronique.

Feliz

Dans son labo à l’UCL.

Quand on l’interroge sur son travail, les premières réponses de Feliz sont “j’adore!”, “je m’éclate!” Plagiste à la Costa del Sol ? Star du petit écran ? Non, depuis un an et demi, Feliz est technicien dans le laboratoire de physique nucléaire de l’UCL. Son travail consiste à résoudre les problèmes techniques des professeurs, doctorants et étudiants qui réalisent leurs expériences en physique nanoscopique et atomique. Cela va des appareils à réparer aux systèmes électroniques, mécaniques ou informatiques à mettre au point pour aider les chercheurs dans leurs projets. “Ce genre de job me correspond vraiment; je travaille en autonomie, je m’organise comme je veux, je choisis la méthode et les outils que je vais utiliser, du moment que je fais les choses dans les temps.”

Jeune et déjà de l’expérience, via les concours de robotique

“J’ai trouvé ce travail un peu par hasard”, poursuit-il. “En septembre 2014, j’ai vu qu’un poste était vacant à l’UCL, j’ai postulé et on m’a directement accepté en voyant mon parcours : ils n’avaient pas le budget pour engager un ingénieur, j’avais un diplôme de technicien Bac +3, j’étais jeune, mais j’avais déjà de l’expérience!” Cette expérience qui l’a fait remarquer, c’est la participation aux concours de robotique, avec ses côtés très concrets et à la pointe de la technologie! “La chance que j’ai eue, c’est que dans les universités, ils ont besoin de gens qui viennent des hautes écoles, avec un esprit moins théorique, plus pragmatique : il faut les 2 dans une équipe, c’est complémentaire! J’aime bien cette phrase : “Avec un ingénieur, ça ne marche pas, mais il sait pourquoi; avec un technicien, ça fonctionne, mais il ne sait pas pourquoi”, conclut Feliz avec humour…
À presque 30 ans, Feliz peut être fier de son parcours. Diplômé de la HELB, la Haute École Libre de Bruxelles, section électronique, il est conscient que, même si ses études allient théorie et pratique, c’est dans les concours de robotique qu’il a pu réellement faire face à des problèmes pratiques à résoudre. “C’est aussi par hasard que j’ai découvert ces concours. J’étais en secondaire à l’INRACI à Bruxelles, et chaque année, la section supérieure envoyait une équipe au concours; c’était un peu la vitrine de l’école, on y retrouvait les meilleurs élèves. En 2006, un ami m’a proposé d’aller voir la finale. On a pris le train, puis le bus, et on s’est retrouvés au Pass. Pour moi, c’était déjà toute une aventure! Mais j’aime les robots depuis que je suis tout petit… Le directeur de l’école était content : c’était la première fois que des élèves du secondaire venaient voir les matches. Il nous a même donné des t-shirts de supporters! Cette fois-là, j’ai raté mon année scolaire… Mais mon professeur, voyant que j’étais motivé, m’a proposé de créer une équipe pour les Trophées, pour montrer ce qu’on pouvait faire de bien en robotique dans le secondaire. En 2007, j’ai participé à mon premier concours; en 2008, j’étais encore en secondaire, mais j’ai participé à la Coupe avec les élèves du supérieur, on a gagné la Coupe et on a été vices-champions d’Europe en Allemagne.”

Des concours de robotique au job d’étudiant au Pass

Durant ses participations aux concours de robotique, Feliz découvre le Pass, le visite, sympathise avec ceux qui y travaillent et décroche un job d’étudiant : pendant des années, pour venir travailler de Bruxelles le week-end et l’été, Feliz prendra le train et le bus chaque jour. “J’aurais pu continuer à chercher des jobs à Bruxelles, à vendre des chaussures comme je le faisais avant, mais au Pass, c’était la première fois que j’étais dans un boulot où je faisais ce que je sais faire le mieux : partager ma passion avec les visiteurs; c’est le premier endroit où on m’a laissé une chance de m’exprimer pour ce que je suis réellement”. Bien sûr, au Pass, Feliz anime le plus souvent la plateforme robotique, mais il prend également plaisir à faire vivre Tuttipass, le cyber-personnage, et à animer le chantier-garage avec les petits. “Dans cette animation, on peut déjà cerner le caractère des enfants, voir les meneurs, les suiveurs, les arnaqueurs…”, remarque-t-il. “Et puis les enfants à cet âge-là sont francs et naturels. Ils me demandaient : pourquoi vous êtes noir ? Je leur répondais que j’étais juste bronzé toute l’année…”

Pas de scientifiques noirs dans les médias

  “On ne voit jamais de scientifiques noirs à la télé”

Sa couleur de peau, Feliz en parle avec humour, mais ce qu’il a pu constater, c’est qu’il a trouvé plus facilement un job quand il n’a plus mis de photo sur son cv. “Bon c’est vrai, j’étais black, mais aussi très musclé et j’avais des piercings; on me disait que mon physique ne collait pas avec mon parcours…” dit-il en riant…
Mais depuis qu’il est arrivé d’Angola à 5 ans et a commencé à beaucoup regarder la télé, quelque chose l’a marqué : “les Noirs ont toujours les mêmes rôles, on ne voit jamais de scientifiques ou d’inventeurs noirs dans les films et les dessins animés”. Feliz a commencé à faire des recherches sur internet, et ce n’est qu’en fouillant vraiment qu’il a découvert que de nombreuses inventions avaient été faites par des Noirs, mais qu’elles n’étaient pas mises en avant comme les découvertes et avancées réalisées par des scientifiques blancs!
Il est d’autant plus fier d’être arrivé là où il est, lui qui, tout petit, baigné par les Robocop, Terminator et autres séries remplies de robots, a décidé : “Quand je serai grand, j’inventerai des robots…”

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