Artiste numérique, Claire Williams détourne d’anciennes machines à tricoter pour créer ses propres motifs. Durant l’événement “Le Père Noël est un maker, en décembre 2016 au Pass, elle proposait au public de créer une écharpe… à partir de son souffle! Quand l’alliance traditions/technologies fait un carton…
Issue de La Cambre, Claire Williams est diplômée en design textile. Le tissu est partout ; dans la mode, la décoration, l’architecture. Il fait donc l’objet de recherches liées à la matière, au graphisme, aux couleurs et, tout en ayant des racines très lointaines, se prête aux innovations les plus pointues. Claire Williams a choisi sa voie en allant fouiller «derrière» l’écran, «à l’intérieur» du PC pour voir comment tout cela fonctionnait : «dans nos recherches de design textile, on travaille beaucoup avec l’ordinateur pour trouver des motifs; on crée des dessins, des images numériques, mais comment cela se passe, derrière ? C’est ainsi que j’ai découvert le langage numérique, les encodages. J’ai eu envie de les matérialiser, de rendre physique quelque chose de digital. »

Le tricot numérique : du souffle, un pc, une tricoteuse

_mg_5878Au Pass, durant l’événement « le Père Noël est un maker » qui s’est tenu durant les congés d’hiver 2016-2017, l’expérience a été très visuelle : au bout de deux semaines intenses, c’est une longue longue longue écharpe aux motifs étonnants qui se déroule sous les yeux des visiteurs. Mais surtout, l’expérience a été participative : petits et grands étaient invités à créer un bout de cette immense écharpe à partir de leur propre souffle ! En soufflant sur un moulin à vent relié à l’ordinateur, ils « chamboulaient » des petites billes sur l’écran. Ces petites billes matérialisent le 1 du langage numérique tandis que la plage restante sur l’écran constitue le 0. Cette image enregistrée est transmise vers une tricoteuse Brother, comme on en utilisait dans les années 80 : les visiteurs l’actionnent et voient les aiguilles bouger en deux positions pour créer leur tricot bicolore!

 

 

Une machine à tricoter open source

Pour y arriver, il a bien sûr fallu bidouiller, « hacker » cette tricoteuse programmée à l’époque pour sortir une série bien définie de motifs de base desquels on ne pouvait sortir. Des chats, des étoiles, des dessins répétitifs… Claire Williams a fait des recherches par elle-même, s’est plongée dans les méandres de l’électronique, se lançant dans des expérimentations pas toujours concluantes… Jusqu’au jour où elle est tombée sur un forum de gens qui, comme elle, cherchaient à décortiquer ces vieilles machines pour trouver comment elles étaient programmées à l’époque et comment les détourner pour leurs créations. «L’idée est de concevoir ses propres outils en tant qu’artiste, en tant que designer ; qu’on ne nous impose pas des motifs pré-programmés, une manière de travailler. Je suis donc entrée dans le monde du « Do It Yourself » et du bidouillage électronique.”
Via le forum, elle a découvert Ayab , un hackerspace situé à Munich qui est parvenu à stabiliser la fameuse Brother KH-9xx et à refaire la carte graphique pour des besoins plus créatifs. Un outil open source sur lequel elle se base désormais pour ses expérimentations.
L’écharpe ainsi créée est limitée en largeur : 200 pixels qui correspondent aux 200 aiguilles de la machine; mais en longueur, les possibilités sont infinies, comme le prouve la superbe création réalisée au Pass durant deux semaines !

Allier électronique et techniques traditionnelles

tricot numériqueDéconstruire l’électronique et l’allier à la technique traditionnelle du tricot était un pari osé, qu’il était intéressant de confronter à un public intergénérationnel comme celui qui fréquente le Pass. « Mon atelier est situé à côté de celui consacré à l’imprimante 3D et ce qui est chouette c’est qu’il y a autant d’attirance pour l’un que pour l’autre », se réjouit Claire Williams. « Les enfants se rendent compte que tout n’est pas automatique, qu’il n’y a pas juste à appuyer sur un bouton pour qu’une machine fonctionne. J’aime bien aussi le fait que tout le monde contribue à l’œuvre, fait son petit bout. Chacun choisit sa couleur et laisse des traces de son passage ici ; ce n’est pas juste une activité qu’on « consomme ». »
Enfin, ce qui est également très important pour Claire, c’est que les tricoteurs sont vraiment mélangés, sont aussi bien des filles que des garçons, chez les enfants comme chez les ados.

Le travail de Claire Williams

L’expérience au Pass était une proposition originale. En d’autres temps, Claire Williams organise des workshops en plus petits groupes, avec des jeunes et des adultes. Les données qu’elle capte pour les matérialiser en textile peuvent être des ondes, du son, des choses plus abstraites.
Voir aussi son blog en anglais.

En route vers l’espace numérique et l’exposition METAmorphoses

_mg_5877Les données collectées à partir du souffle des participants à l’atelier de Claire Williams constitueront, comme les autres oeuvres collaboratives issues de la créativité et de la dextérité des visiteurs, un élément des projets prévus  par le Pass pour 2017. L’espace numérique qui sera inauguré en avril et la future exposition METAmorphoses prévue pour l’automne prochain. On y abordera l’innovation telle qu’elle est perçue dans la société en construction aujourd’hui, celle qui fait place à la créativité humaine, au partage et à la collaboration. Ce concept a été expérimenté à travers tous les ateliers de l’événement « Le Père Noël est un maker ».