Y a-t-il dans l’Himalaya une créature inconnue des scientifiques ? L’ “abominable homme des neiges” existe-t-il ? Ce mystère qui divise la communauté scientifique depuis des lustres rebondit une fois de plus : des poils analysés récemment seraient ceux d’un ours qui n’existe plus aujourd’hui…

Le yéti, un mythe très riche

L’histoire du yéti fait partie de celles qui obsèdent les hommes et engendrent des mythologies. Hergé l’a popularisée dans “Tintin au Tibet” et en a fait une créature mi-homme mi-gorille qui fait peur, mais…est finalement dotée de sentiments. Dans “La Collection interdite”, Michel de Spiegeleire raconte la rencontre dans les années 20 de l’explorateur énigmatique Alexandre Humboldt-Fonteyne avec les moines du monastère de Tasi-Tcho-Songny, au Tibet : ils parlent d’un être mi-homme mi-singe, un géant que tout le monde redoute, qui vit dans les neiges, mais, parfois, descend dans les vallées. “Personne ne l’a vu, mais tout le monde le craint… Selon eux, le Yeh-Teh n’existe plus. Le dernier est mort il y a longtemps. Autrefois, les lamas avaient réduit ces monstres incultes en esclavage. Ils s’en servaient comme porteurs ou comme gardiens. Ils étaient sujet à de terribles colères, et c’est
pour cela qu’on les a exterminés.”

Survivant de l’homme primitif ?

Des années plus tard, comme le raconte l’explorateur et naturaliste Peter Matthiessen dans “Le léopard des neiges”, le zoologiste George Schaller croit à l’existence du Yéti depuis que ses empreintes ont été pour la première fois nettement photographiées sur L’Everest en 1951 : “95 % de ce qu’on raconte sur le Yéti est absurde, mais ces photos et d’autres preuves m’ont convaincu qu’il y a quelque part par ici un animal inconnu des scientifiques.” Plusieurs théories présentent le Yéti comme un survivant de l’homme primitif, refoulé dans les forêts profondes par l’émergence de l ‘Homosapiens. L’empreinte de son pied en particulier le rapproche de l’Australopithèque, déclaré “éteint”. Mais les recherches et toutes les expéditions menées pour retrouver ces êtres désignés en général par le terme “bigfoot” ont été vaines. Il est vrai que du point de vue des biologistes, la plus grande partie de l’Himalaya est encore terra incognita.”

Des empreintes et des touffes de poils

Les cryptozoologues, qui étudient des animaux dont la réalité n’est pas avérée, ne sont pas pris au sérieux par leurs collègues. Les interrogations sur l’abominable homme des neiges, un anthropoïde qui hanterait l’Himalaya, les plaines de Russie et du Grand Nord reposent non pas sur des restes de squelettes, mais sur des touffes de poils et des traces de pas ramenées par plusieurs explorateurs.
Pour décoder cette affaire, des chercheurs procèdent depuis plus de 50 ans à l’analyse génétique d’échantillons divers provenant soi-disant de yétis. Les analyses ont chaque fois révélé que ceux-ci provenaient d’espèces déjà répertoriées dans de vastes « banques de gènes ». On a parlé de poils de chevaux, puis, en 2008, d’autres résultats ont démontré qu’il s’agissait de poils de chèvre…

Un ours inconnu ?

Selon les chercheurs, “Les poils correspondent à 100% avec l’ADN d’un fossile d’ours polaire”En 2012, une équipe de chercheurs américains menée par Bryan Sykes a lancé un appel aux musées et collections privées susceptibles de détenir des poils de yéti pour qu’ils en cèdent un échantillon. Les scientifiques ont sélectionné 36 fragments «en raison de leur provenance ou intérêt historique» et sont parvenus à extraire l’ADN de 30 échantillons pour les comparer avec le génome d’espèces répertoriées.
Cheval, vache, porc épic, raton laveur : la plupart des poils appartenaient à des animaux bien connus de tous. Mais deux échantillons suggèrent l’existence d’une race de plantigrade non répertoriée. Provenant de la région du Ladakh, en Inde, et du Bhoutan, ils «correspondent à 100% avec l’ADN d’un fossile d’ours polaire âgé de plus de 40.000 ans, mais pas avec des spécimens modernes de cette espèce», concluent les scientifiques. «Même s’il y a quelques signalements d’ours blancs en Asie centrale et dans l’Himalaya, il est plus probable que ces poils proviennent d’une espèce d’ours inconnue jusqu’à présent, ou d’une variété d’ours polaire de couleur différente, ou encore d’hybrides d’ours polaire (U. maritimus) et d’ours brun (Ursus arctos)», expliquent-ils.
Pour d’autres scientifiques, la prudence reste de mise. Le matériel analysé ne permet pas d’avoir une image complète de l’espèce. L’analyse d’ADN devrait être effectuée à partir de tissus pour y arriver.

L’ADN au coeur de l’expo Génétique du Pass

L’équipe du Pass et ses visiteurs ont un attachement très particulier au yéti : son énorme carcasse trônait dans l’ancienne exposition consacrée à la génétique et a tout naturellement migré vers l’exposition “Génétique, la vie décodée ?”, qui a ouvert ses portes fin juin. Les interrogations qu’il suscite depuis plusieurs générations constituent en effet le prétexte idéal pour parler de l’identification génétique et de l’ADN. Mais aussi d’aborder la question de l’évolution, sur lesquelles les chercheurs apprennent tous les jours de nouvelles choses en décryptant les génomes des différentes espèces.

Ours, primate, homme ? La classification du Yéti sera-t-elle bientôt à revoir ?