Petits mammifères encore méconnus, les chauves-souris passent l’hiver dans des endroits humides où elles ne seront pas dérangées. Le tunnel qui reliait autrefois les charbonnages de Crachet et du Grand-Trait à Frameries fait partie de leurs gîtes de prédilection…

Chaque hiver, l’asbl de protection de la nature Natagora, et plus particulièrement son groupe de travail Plecotus, procède au comptage des populations de chauves-souris dans nos régions. Durant les saisons froides en effet, ces petits mammifères hibernent dans des cavités souterraines où elles auront toute la tranquillité nécessaire pour leur repos et bénéficieront à la fois d’une température constante et d’une humidité suffisante pour éviter la déshydratation : grottes, tunnels, carrières, caves ou même arbres creux. Le moment idéal pour les observer et les compter sans les déranger! “La tranquillité est un facteur primordial “, explique Xavier Simon, zoologiste à l’UMons et bénévole chez Natagora, “parce qu’à chaque réveil, elles consomment une importante quantité de leur réserve de graisse, ce qui met en péril leur survie jusqu’au printemps.

Recenser les chauves-souris pour mieux les protéger

Sur environ 4000 espèces de mammifères recensées dans le monde, près de 1000 sont des chauves-souris.

Objectif d’un tel recensement ? Avoir des chiffres permettant d’évaluer l’état des populations des différentes espèces, établir des tendances et de là, tirer des priorités en matière d’action et de protection pour ces chauves-souris. Si chez nous le nombre de chiroptères est en légère augmentation par rapport au constat effectué il y a quelques années, les populations sont quand même fortement en diminution lorsqu’on se reporte sur une plus longue période. Les causes les plus importantes du déclin de certaines espèces de chauves-souris sont la disparition de leurs habitats, la dégradation de leurs terrains de chasse ainsi que le manque de nourriture dû, entre autres, à l’usage de pesticides.
Toutes les chauves-souris présentes en Europe se nourrissent en effet d’insectes par milliers, qu’elles détectent grâce aux ultrasons, ou simplement grâce à l’ouïe ou à la vue. Leur utilité n’est donc plus à démontrer!

La plupart des chauves-souris vivent dans les régions chaudes. On en dénombre une trentaine en Europe, dont 23 sont présentes en Belgique.

Des bénévoles de Natagora dans le tunnel du Pass

Il y a quelques années, à l’occasion d’une Nuit de la Chauve-souris, les bénévoles de Plecotus, le groupe d’étude des chauves-souris de Natagora, ont découvert la galerie de liaison qui, autrefois, reliait le charbonnage du Grand-Trait (actuel site industriel de Doosan) et le Crachet (le PASS actuel), pour amener le charbon vers le lavoir. Ce tunnel , long d’environ 1500 mètres, permettait de traverser la commune de Frameries sans l’encombrer. Aujourd’hui abandonné, ce vestige du passé industriel est un site propice pour les chauves-souris en hibernation, comme l’ont confirmé deux inventaires réalisés au cours de ces 2 derniers hivers.
Armés de lampes de poche, de bonnets, de bottes et de carnets de notes, les bénévoles ont procédé au comptage dans le tunnel il y a quelques jours. Xavier Simon en faisait partie. « Le relevé a permis de découvrir une vingtaine d’individus appartenant à 3 espèces différentes : des oreillards, des vespertilions de Daubenton et des vespertilions à moustaches”, explique-t-il. Selon lui, l’essentiel des individus qui hibernent se trouve dans la partie basse de la galerie, proche de l’accès du côté du PASS par lequel, plus que probablement, ils entrent et sortent. «De bons gîtes d’hiver ne sont pas si fréquents pour les chauves-souris. Il y en a quelques-uns dans la région, dont certains très importants comme la Malogne à Cuesmes. Mais des sites plus petits, plus nombreux, jouent aussi un rôle essentiel dans la conservation de ces espèces. C’est la raison pour laquelle ce genre d’endroits abandonnés, voir oubliés, doivent être conservés.»
Comment favoriser la présence de chauves-souris chez nous ? En plantant, pour leur gîtes d’été, des arbres, des arbustes ou des haies, en reconstituant des vergers, en créant une mare naturelle, en supprimant toute utilisation de pesticides chimiques dans nos jardins ou encore en aménageant des gîtes à chauves-souris.

 

Observer les spécimens et découvrir leurs mœurs

Les bénévoles ne se contentent bien sûr pas de dénombrer les chauves-souris, mais ils se penchent sur la façon dont elles vivent et observent leurs comportements, apparemment très variés d’une espèce à l’autre. Xavier Simon raconte ainsi une anecdote : «une de ces espèces possède des mœurs assez particulières. Habituellement, pour la plupart des chauves-souris, l’accouplement a lieu un peu avant l’hibernation, mais la gestation est différée jusqu’au printemps. Pas chez le vespertilion de Daubenton : les mâles se réveillent et profitent du fait que les femelles sont encore endormies pour s’accoupler.»
Un monde particulier dont il reste beaucoup à découvrir ! Pour les amateurs, le rendez-vous chaque année à la de fin d’été lors de la Nuit de la chauve-souris…