Le film “Demain”, qui sort dans les salles un peu après la Cop 21, présente plusieurs initiatives qui montrent que des gens se bougent pour contrer l’évolution négative de la planète terre. Dans le domaine de l’alimentation, de l’énergie, de l’économie, de la démocratie participative et de l’éducation. Parce que tout se tient…
Un film que l’on reçoit comme une bouffée d’oxygène.

Qu’est-ce qu’il a l’air chouette, ce monde de demain que construisent déjà aujourd’hui, à leur façon, des milliers de personnes à travers le monde! Il est joyeux, ouvert, solidaire, créatif, vert, proche de la nature. En 2h de film, on a envie d’en faire partie …et même d’y prendre part! “Demain”, c’est l’histoire d’un film qui fait du bien.
Au Pass, on a eu envie d’aller le voir, parce que cet aspect positif des choses, cette nécessité de valoriser tous les changements qui se mettent lentement mais sûrement en place font partie intégrante de l’exposition “Energie, les nouveaux rêves“. Dans sa dernière section, elle présente en effet les nouvelles formes d’énergies, alternatives aux fossiles, mais aussi une trentaine de projets concrets qui visent à “faire plus avec moins”, à “mutualiser” ou à “favoriser l’innovation durable”.
Le film sur les énergies durables qui sera proposé dans le Palais des Images du Pass dès l’été prochain ira également dans le même sens.

Face aux études alarmistes, un film positif

Demain_le_film

Mélanie Laurent et Cyril Dion

À force d’être bassinés depuis des années par des constats plus alarmistes les uns que les autres, la plupart d’entre nous sommes tentés de baisser les bras, de se dire “à quoi bon, tout cela nous dépasse” et de fermer les yeux en attendant que cela passe… Pour l’actrice Mélanie Laurent et le comédien/militant actif Cyril Dion, la publication par la biologiste Elizabeth Hadly et par le paléobiologiste Anthony Barnosky d’une énième étude scientifique (revue Nature) sur la fin prochaine d’une partie de l’humanité, en raison des bouleversements des écosystèmes, a été la goutte de trop! Tous ces signaux d’alarme effrayants… Ils ont décidé de faire ce qu’ils savaient faire le mieux : un film!
Mais comment encore mobiliser sur ce thème, alors qu’il est plus que temps ? En parlant des projets positifs qui existent aux quatre coins du monde et en expliquant simplement les différents enjeux. Le tout, non dans une espèce de vision austère qui ne donnerait pas envie de s’impliquer pour changer les choses, mais dans un enthousiasme et une joie de vivre contagieux. Pas de bons sentiments, mais une vision positive, tellement nécessaire quand on est baigné la plupart du temps d’idées pessimistes.
Le film est construit en 5 chapitres qui se succèdent d’une façon logique : l’alimentation, qui est la base de tout; l’énergie; l’économie; la démocratie et enfin l’éducation. Dans tous ces domaines, le constat de base est le même, finalement : puisque ce qui existe actuellement a montré ses limites et s’essouffle, il faut réinventer les systèmes existants, recommencer une autre histoire.

Detroit, ville autonome en nourriture

À Detroit, ville sinistrée depuis l’effondrement de l’industrie automobile, ceux qui sont restés ont décidé d’en faire une ville autonome en nourriture : ils ont réinvesti les rues et les terrains environnants en créant des potagers urbains. Rien que sur Detroit, il existe aujourd’hui 1600 fermes urbaines… qui permettent une agriculture locale alors qu’aux USA, la nourriture parcourt en moyenne 2400 km avant d’arriver dans l’assiette. En Normandie, un couple vante les mérites de la permaculture, ayant transformé en quelques années un terrain vague en un jardin luxuriant. “Dans la nature, il n’y a pas de monoculture, les végétaux sont toujours associés!”
Dans le sud de l’Angleterre, Pam et Mary ont planté dans les rues, sur les trottoirs, dans les espaces publics et ont été étonnées de voir combien les gens ont suivi le mouvement : “Nous avons créé une raison de se parler grâce à une plante”, commentent-elles en souriant. L’administration, au début réticente face à ce qui semblait anarchique, a emboîté le pas en laissant des parcelles…
On sent le bon sens. Les spécialistes viennent le corroborer : le Belge Olivier De Schutter, qui fut rapporteur aux Nations Unies sur le Droit à l’alimentation, a un langage choc. En quelques mots, il démontre par A + B le cercle vicieux, illogique, de l’agriculture industrielle, face au cycle vertueux des cultures locales dans le défi actuel et futur de nourrir la planète.

Copenhague et ses vélos, Kirkkojärvi et son école idéale

Voilà pour le premier chapitre. Les autres chapitres sont du même tonneau. On voyage beaucoup dans les pays du nord pour parler des énergies : Copenhague et ses pistes cyclables plus larges que la voirie laissée aux voitures, qui est passée des charbonnages à la biomasse et escompte être entièrement autonome en 2025 ou l’Islande qui exploite ses sources géothermiques, qu’elle complète avec sa production en hydroélectricité. Sur l’île de la Réunion, les cultures et les énergies renouvelables se partagent l’espace.
La démonstration économique vaut elle aussi de l’or; elle ne manque pas d’humour au sein des petites villes anglaises qui ont créé leur propre monnaie, comme le billet de 21 livres ou celui à l’effigie de Bowie; elle a des bases historiques au coeur même de la Suisse où la banque Wir émet depuis 1934 le franc Wir, monnaie interentreprises qui ne peut être dépensée que dans les 60 000 PME adhérentes! Loin d’être une utopie de bobos donc…

Et puis, pour la démocratie, c’est en Islande et en Inde qu’on part : la démocratie directe, participative, y fait ses preuves et prouve que quand les citoyens se sentent directement concernés, ils se mobilisent. Enfin, last but not least – car également fondement de toute société -, l’éducation. Un petit tour dans une école de Finlande – dont le système scolaire est champion du monde dans les classements : un lieu où il fait bon vivre, où on apprend à apprendre, mais aussi à vivre ensemble.

Tout le monde est concerné

En 2h, la boucle d’un monde réinventé est bouclée. On se doute que tout n’est pas toujours rose pour tous ceux qui mènent ces projets à bien. Qu’il faut suer, pédaler, lutter, réexpliquer, faire et défaire. Mais les énergies sont là.
Et la démonstration est limpide. D’autant plus que, pour éviter les a priori auxquels ils auraient pu être confrontés, Mélanie Laurent et Cyril Dion ont eu la brillante idée d’interviewer des témoins et des experts “hors hexagone”, qu’on n’a pas l’habitude de voir sur les plateaux télés des grandes chaînes françaises. Et qui apportent donc un oeil neuf, différent des discours souvent entendus.
Un film qui parlera aux ingénieurs, aux architectes, aux urbanistes, aux agriculteurs, aux économistes, aux enseignants, aux politiques, aux éboueurs…et à chacun d’entre nous.

“Demain”, film documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent, musique Fredrika Stahl. 1H58. Actuellement dans les salles. http://www.demain-lefilm.com/