Au-delà de la consommation en énergie des produits que nous utilisons, on oublie souvent de comptabiliser l’énergie qui a été nécessaire à leur fabrication et celle qu’il faudra mobiliser pour leur démantèlement. C’est ce qu’on appelle l’énergie grise, et elle prend une place souvent mésestimée.

En général, lorsqu’on mentionne la consommation d’énergie d’un objet, seule l’énergie nécessaire à sa mise en fonctionnement est prise en compte. On occulte entièrement ce qui se passe avant et après son utilisation. Pourtant, l’énergie nécessaire à la fabrication et à la fin de vie de tout produit est souvent très importante par rapport à la consommation liée à son utilisation. Une étude de l’ULB (Michel Huart) publiée il y a déjà plus de 10 ans précisait même que “dans la consommation énergétique d’un ménage moyen, 37% concerne la consommation directe et 63% l’énergie “contenue” dans les produits”.

L’énergie grise, difficile à chiffrer

Cette énergie grise est par contre difficile à chiffrer, car elle tient compte de facteurs multiples et aléatoires. Prenons l’exemple du transport qui peut varier pour un même produit – avion, camion, bateau – alors que le paramètre du transport prend une place importante dans le calcul de l’énergie grise.

La sensibilisation à la consommation de produits locaux prend en compte cette dimension “transport” : le grand public est de plus en plus conscient de l’absurdité de faire venir des steaks d’Argentine ou des pommes de Nouvelle-Zélande alors que l’on trouve ce genre de produits, de très bonne qualité qui plus est, chez nous. On va donc vers un mieux…

L’impact à long terme de l’énergie grise

Mais certains choix effectués en toute bonne foi ont parfois un impact sur une très longue durée. Prenons l’exemple de la construction. Dans l’exposition “Energie, les nouveaux rêves”, le jeu sur l’énergie grise qui attire l’attention sur cette dimension cachée nous dit : “Il faut autant d’énergie pour construire une maison que pour la chauffer pendant 40 ans”. Énorme! Le béton armé, l’aluminium, les tuyaux de PVC des canalisations, le contre-plaqué notamment constituent des choix qui engendrent beaucoup d’énergie grise! Mais on peut prendre également en compte l’implantation du bâtiment : mitoyenne ou quatre façades qui nécessitera plus de chauffage, en ville où on peut se déplacer à pied et en transports en commun ou en pleine campagne où il faudra prendre son véhicule pour la moindre sortie …

Le cas de la voiture

Autre exemple auquel on ne pense pas : le secteur automobile. La borne de l’exposition du Pass sur l’énergie grise nous apprend aussi “si l’énergie qui a servi à fabriquer votre voiture était convertie en carburant, vous auriez pu faire deux fois le tour du monde!” Bien sûr aujourd’hui, les voitures polluent moins qu’avant…mais toutes les nouvelles technologies dont elles disposent – GPS, Air conditionné, ABS, ordinateurs de bord… – annihilent les efforts réalisés au niveau de la consommation de carburant. Les voitures d’aujourd’hui ont une empreinte écologique beaucoup plus importante qu’avant!
Pensons aussi à la durée de vie de plus en plus courte des électroménagers qui, heureusement, sont aujourd’hui pris en charge par Recupel qui les démantèle pour les recycler. La dernière partie de l’exposition “Matéri’oh!” du Pass décortique, matériau par matériau, la composition et la fabrication d’une console de jeu (sur ce sujet voir aussi cet article du blog: https://blog.pass.be/societe/devient-console-jeu-men-debarrasse/).

Histoire de voir se qui se cache derrière nos objets du quotidien., elle met aussi l’accent sur la seconde vie des électroménagers. Voici 2 extraits de cette borne-jeu :


Les exemples ne manquent pas…

Sensibiliser pour opérer des choix plus durables

Attirer davantage l’attention à la fois des producteurs, des politiques, de la communauté scientifique et du grand public semble donc plus important que jamais pour permettre d’opérer des choix plus durables dans la globalité des produits et pas seulement dans leur consommation durant leur durée de vie.
La meilleure énergie, qu’elle soit grise ou non, est celle que l’on ne consomme pas!