En 1964, la Belgique signait avec le Maroc, puis, quelques mois après, avec la Turquie, une convention bilatérale permettant à des milliers de travailleurs de ces pays de venir chez nous. Notamment dans les charbonnages.

L’histoire des charbonnages, en Belgique comme dans les autres pays, est largement associée à l’histoire de l’immigration. Si, au départ, ce sont des “gens du coin” qui descendent dans les mines, il faut rapidement attirer des travailleurs en provenance d’autres régions, tant les charbonnages sont gourmands en main-d’oeuvre. Il y a d’abord, par exemple dans le Borinage, l’arrivée des Français du Nord, puis des Flamands qui fuient la pauvreté de leur campagne.
Une 1ère vague d’immigration « sérieuse » survient après la 1ère Guerre mondiale et voit arriver des Polonais, des Nord-Africains, mais aussi des Tchèques, des Yougoslaves et des Italiens, chassés par le fascisme. Pour les accueillir, on construit des cantines, des pensions pour les ouvriers célibataires.

La bataille du charbon

L’affluence massive de main-d’oeuvre étrangère n’intervient qu’après la 2e guerre mondiale, lors de la fameuse “bataille du charbon”. Des accords sont conclus par le gouvernement belge avec l’Italie : le protocole de 1946 prévoit le transfert de 50 000 travailleurs au rythme de 2000 par semaine. Ils arrivent par trains entiers en provenance de toutes les régions d’Italie, d’abord seuls, avant de faire venir leurs familles.
En 1954, les étrangers représentent 51.2% des ouvriers du fond et seulement 4.3% des ouvriers de surface. Ils sont principalement affectés à l’abattage. 69.3% d’entre eux sont Italiens, 8.6% Polonais, 6.1% Français, et 5.9% Nord-Africains. La catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle en 1956 sonne la fin de l’immigration officielle des Italiens en Belgique.
Celle-ci se tourne dès lors d’abord vers l’Espagne (1956), ensuite vers la Grèce (1957).

1964 : l’année du Maroc et de la Turquie

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Dans les années 60, la Belgique a encore un besoin urgent de main-d’œuvre peu qualifiée pour ses charbonnages et son industrie lourde; cependant l’Europe du Sud connaît un développement économique certain. La Belgique tente alors de séduire des pays un peu plus lointains et signe une convention avec le Maroc et la Turquie, respectivement le 17 février et le 16 juillet 1964. Paradoxalement, à cette époque, les charbonnages ferment tour à tour leurs portes, et les nouveaux arrivés se tournent vers la métallurgie, la chimie, la construction ou encore les transports publics.
En 1974, 10 ans plus tard, on estimait qu’il y avait 40 000 ressortissants marocains en Belgique.

La vie dans les cités

Un témoignage valant mieux que 1001 statistiques, voici celui de la conteuse d’origine marocaine – et bel et bien boraine – Djamila Drissi. Dans son spectacle « L’insoumise ou Scarlett O’hara au pied du terril », elle se souvient avec beaucoup de tendresse et d’humour de son enfance d’immigrée, de sa mère, de ses voisins, de sa cité cosmopolite. Son histoire, par la magie du spectacle, devient l’histoire de chaque enfant immigré, voire de chaque enfant devenu adulte. « C’est important de savoir d’où on vient pour savoir qui on est et où on va. », explique-t-elle.


Pour en apprendre plus sur l’immigration et d’autres sujets liés aux charbonnages en Belgique et plus particulièrement dans le Borinage, visitez aussi “Le Grenier des histoires”, l’exposition du Pass qui est consacrée à cette thématique.